GARDER SES ENFANTS EN BAS AGE OU ALLER TRAVAILLER ?Tout d’abord, il faut mettre les choses au point. Cette hésitation n’est valable qu’uniquement si les deux styles de vie sont agréables. Je précise : Un logement joli et fonctionnel, des moyens financiers assez larges, des enfants en quantité raisonnable (3 maximum), en bonne santé, vifs et au poil brillant, un boulot intéressant, à moins d’une heure de transport, une cantine comestible ou une multitude de snacks et petits restaurants pas chers alentour, une hiérarchie existante mais pas moralement harcelante, des centres d’intérêts variés, un mari normal (tendance macho), qui mange, boit et salit ses chaussettes et ses chemises etc… en bref, ce que l’on espère toutes (sauf pour les chaussettes et les chemises mais ça n’existe pas).
Il suffit que l’un des curseurs se déplace dans un sens ou dans l’autre pour que tout se dérègle et que l’on n’hésite plus une seconde.
Prenez l’un des choix suivants : Un logement invivable dans la journée (trop chaud, trop froid, trop bruyant, minuscule), des enfants insupportables, surexcités 24h sur 24h, un métier absolument passionnant (star de cinéma, présidente de la République, voire ministre pour rester raisonnable…) et très très rémunérateur, dans des conditions idéales, avec plein d’avantages en nature et des collègues formidables, un mari qui adore faire les courses, la cuisine, la lessive et garder les enfants quand ils ont de la fièvre. En plus il rentre à 18h tous les jours et ne part jamais en déplacement professionnel.
Vous n’hésiterez plus et moi non plus, nous irons travailler.
Maintenant exercice inverse :
Une maison extraordinaire, des enfants adorables, sages, autonomes, obéissants, ou à l’inverse très malades ou fragiles (et qui ont donc besoin de nous), un travail exécrable, pas intéressant, pas bien payé, sans espoir de carrière, avec un patron taré, une cantine frôlant l’empoisonnement et l’interdiction de manger dans les locaux de l’entreprise, rien autour pour se promener, des horaires fantaisistes et ingérables, un mari qui rentre tard et exige des petits plats tous les soirs, des grands-mères hyper disponibles et ravies de garder notre progéniture régulièrement pour nous soulager, ou une « jeune fille » pour accomplir les tâches qui nous déplaisent le plus… Et nous resterons à la maison en touchant les 600 euros généreusement donnés par la caisse d’Allocations Familiales pour que nous ne venions pas grossir les rangs des chômeurs.
Je ne parle pas ici du ménage car, leur épouse travaillant ou pas, cela ne changera pas grand chose à la tendance qu’aura le mari à aider ou pas. C’est comme si c’était « indépendant ».
Donc, reprenons le raisonnement avec des bases « normales ». Les enfants sont jeunes, le dernier a moins de trois ans et l’aîné est en première année de maternelle et ne va à l’école que le matin.
Pour avoir fait les deux, je peux en parler un peu aussi.
Rester à la maison, Les avantages :
Pas de hiérarchie sur mon dos pour me dire de ne pas faire ceci ou cela. La hiérarchie, c’est MOI ! Je veux partir quelques jours dans une région balnéaire pendant les ponts du mois de Mai ? Qu’à cela ne tienne, on part.
Quel mois tu prends cet été, Juillet ou Août ? Les deux mon général !
Oui, ça c’est vraiment bon.
La fantaisie est possible, pas besoin de prévoir et de poser mes conditions à mon patron. Tiens, et si on allait à la piscine, au jardin d’acclimatation ou voir ma copine Machin ? Tout est possible à midi après l’école. Ma copine Trucmuche a accouché la semaine dernière, on débarque en groupe chez elle pour souhaiter la bienvenue à Trucmuche junior !
Je n’ai pas fait mon shampoing (ça marche aussi avec épilation, coloration, repassage…) ? Et alors, je le ferai plus tard et personne ne me dira rien.
Je n’ai plus rien à me mettre ? Un jean fera l’affaire. Même sale.
Aujourd’hui j’ai envie d’être bête, de chanter à tue tête, de parler à l’envers, de me faire des couettes, de mettre ce ridicule pantalon vert pomme. Au mieux ça fera rire les petits, au pire ils penseront que je suis fêlée aujourd’hui et le diront à Papa le soir.
Ils ne vont pas changer de maman pour autant.
Je fais mes courses en semaine, loin des bouchons aux caisses, avec une poussette qui a un grand panier dessous, et l’aînée qui tient bien la poussette pour traverser la rue. A chaque fois, je me dis, « tiens, il n’y a personne ! ».
Les enfants ont leur maman près d’eux, qui surveille ce qu’ils font, ce qu’ils mangent, s’ils font bien caca tous les jours, se rend compte de leurs progrès en dessin, vélo, langage. Je connais leurs copains de classe.
Ils se sentent en sécurité, aimés. J’ai l’impression de tout leur donner, de faire le maximum pour qu’ils soient bien. Ils sont moins stressés, moins énervés que s’ils partaient chez la nourrice ou à la crèche à 7h30 le matin.
Ils sont un peu malades ? Un coup de Doliprane et on verra demain. La directrice de crèche, c’est encore moi !
Si c’est plus grave, je prends rendez vous chez le pédiatre, dans la journée, pas entre 20h30 et 20h45 comme avant. Mais en pratique ils sont aussi beaucoup moins malades.
Les petits soucis de santé se règlent à coup de visites chez l’ophtalmo, le psy, l’orthophoniste. Calmement et presque sûrement.
Je peux les inscrire à des « activités », et les y conduire sans stress.
Je suis là aussi pour le releveur du compteur d’eau, le facteur qui a un recommandé, le colis des 3 Suisses, le livreur de tout.
Je profite de la maison à cent pour cent.
Partout, je rencontre des gens comme moi. Au parc, au supermarché, dans la rue à 15h, chez le pédiatre…j’ai l’impression que le monde en est truffé.
Quand il y a des grèves, je me lamente pour les autres, et je reste au chaud mais pas tassée dans un wagon surpeuplé.
Il fait beau ? Tout le monde au jardin ou au parc. Et on a tous bonne mine.
Avec un peu de chance, je peux même me mettre à la couture, à l’Internet, à la cuisine. Je peux faire des tableaux de coquillages ou retaper ce petit buffet acheté à la brocante l’année dernière. A coup de quarts d’heures disséminés ça et là dans la journée, j’y arriverai un jour.
Je fait aussi mes albums photo rapidement, quand je me souviens encore de ce qu’il faut marquer sous la photo.
Le bonheur ? Oui ça y ressemble.
Forcément, les désagrément du travail découlent de ça.
Une hiérarchie est parfois pesante. Même si elle est compréhensive, il faut tenir compte du calendrier de vacances et d’absences des collègues ou binômes.
Si je pose un RTT, je prévoirai plusieurs jours à l’avance ce que j’en ferai.
Je me dois d’être présentable tous les jours. D’être polie et bien élevée. De ne pas dire ce que je pense à tout le monde.
Le bébé Trucmuche aura déjà 4 mois quand je trouverai enfin le temps d’aller le voir.
Je fais mes courses le samedi avec tout le monde. Je fais autant de queue que de courses. Ou bien je commande chez Télémarketouille, et je ne suis jamais contente. Il manque toujours quelque chose et ils me facturent très chers les bouteilles d’eau et les cartons de lait, parcequ’au début les gens ne se faisaient livrer que du gros et du lourd, ou du super encombrant léger (16 rouleaux de Sopalin !), mais toujours du pas cher. Alors ils ont trouvé la parade, un supplément ! Oui mais moi j’en ai vraiment besoin de ce lait et de cette eau. Alors je la paye au prix de l’Or(angina) ou je vais l’acheter sur place, avec les denrées que télémarketouille n’a pas pu me livrer. Perte de temps et d’argent, finalement.
Je prends les transports en commun. Grèves ou pas. Parfois ça sent mauvais, on est serrés, un affreux bonhomme me tripote les fesses, je reste debout et je dois subir les blagues vaseuses ou les conversations téléphoniques de mes voisins. Je guette le quai désert en me disant que je vais sûrement être en retard à ce rendez vous. Ce n’est pas toujours désagréable, mais ça peut l’être.
Je ne vais jamais chercher mes enfants à l’école. Ils me parlent de leurs camarades, des inconnus pour moi.
Si je les trouve un peu chauds le soir, je m’inquiète toute la nuit en les bourrant de Doliprane. Pourvu qu’ils soient frais et dispos le lendemain. Qui va les garder sinon ? Le stress suprême…
Les visites avec eux chez les professionnels de santé relèvent du parcours du combattant. Tout le week-end est minuté.
Je suis obligée de subir la dictature d’une assistante maternelle revêche (ça marche aussi avec directrice de crèche), qui me dit à quelle heure je dois finir mon travail. Qui me dit que si demain je suis encore en retard (les grèves de transport elle ne veut pas en entendre parler), elle ne gardera plus ma fille. J’ai envie de l’aplatir contre le mur mais je me retiens, et je lui fais de grands sourires. Je lui offre même des chocolats à Noël, pour l’amadouer. Elle est rare et elle le sait.
Les enfants se jettent sur moi le soir, juste quand je voudrais souffler, même cinq minutes. Ils essayent de rattraper le temps qu’ils n’ont pas passé avec moi. Et vice versa mais c’est du concentré et parfois c’est trop fort d’un coup. J’ai peur d’avoir raté quelque chose, je culpabilise. Ils ont une vie à eux, sans moi.
Le samedi, je vais chercher mon recommandé à la Poste, ou mon colis des quatre belges. Je fais encore la queue. Pas tous les samedis mais quand ça arrive ça me barbe.
La maison est vide toute la journée, les poissons rouges et le chat sont seuls.
Il fait beau et je suis coincée au bureau. Ma cafétéria est en sous sol, dommage !
J’ai l’impression d’être une superwoman et de vivre plusieurs vies à la fois, mais je sens que la mécanique peut craquer.
Tout est en retard chez moi. J’empile ! Piles de courrier, de linge , de mails, de choses à faire…
Et en plus, il est probable que je perde de l’argent, parce que faire garder 2 enfants à Paris, ce n’est pas donné. Et tous calculs fait, il faudrait que je gagne beaucoup plus pour que l’opération soit rentable.
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