MAIS : Je vois des gens différents tous les jours (ne serait ce que dans le métro). Je prends plaisir à m’habiller, me pomponner. Je fais autre chose que changer des couches et laver des biberons au rythme implacable de « toutes les quatre heures ». Les enfants ont un lien social, ils sont confrontés à la vie avant l’entrée à la maternelle, ils voient d’autres enfants. Ils apprennent des tas de choses astucieuses à la crèche (mettre son manteau en le posant par terre par exemple). A midi, je n’ai pas besoin de cuisiner. Je n’ai qu’à choisir et à me faire servir. Je choisis entre chinois-japonais-pizza-crêpes-salades-sandwich-brasserie etc… Je peux aussi aller faire une course personnelle rapide ou passer chez le coiffeur. Quand un dossier que j’ai traité remporte la palme, ou que j’ai un succès professionnel, c’est un réel plaisir, une fierté, une reconnaissance, une excitation, une satisfaction du travail accompli. Un truc vraiment fort. J’ai aussi un réel plaisir à retrouver mes enfants le soir. Ils m’ont manqué et je m’en suis rendue compte. Je les serre fort contre moi et je leur raconte toutes les histoires qu’ils veulent. J’enlève mes chaussures, je me lave les mains, et je suis à eux, corps et âme. Ils me parlent et m’embrassent. L’argent que je gagne est mon argent. Si la situation familiale le permet, je peux m’offrir cette petite jupe adorable sans rendre de comptes à personne. Et je ne suis pas obligée de dire combien je l’ai payée. J’ai une position dans la société. On me demande ce que je fais, j’ai un vrai métier. J’en suis fière. Je peux en parler, je ne me sens pas cruche ou déconnectée. D’ailleurs, j’ai toujours un truc à raconter le soir. Ça barbe les hommes que les femmes racontent leurs histoires de boulot ? Oui, c’est vrai et ce n’est pas moi qui le dit. Mais de toutes façons on raconte quelque chose, alors autant que ce soit varié et que ça sorte du rot-pipi-caca. Une autre et dernière très bonne raison : le stress me fait maigrir !Et enfin, voici les vraies difficultés de la vie de la mère au foyer, qui découlent du paragraphe précédent : Je vois toujours les mêmes têtes. Même mes enfants parfois m’insupportent. Vous travailleriez, vous, 24 heures sur 24 avec votre mère ou votre conjoint ? sûrement pas. C’est pareil pour moi. Ces petits êtres charmants sont aussi bourrés de défauts et il m’arrive de ne plus pouvoir les voir en peinture. Ça dure quelques minutes mais c’est dommage. Je ne mets plus que des pantalons, parce que c’est plus pratique. Je ne sais plus marcher avec des talons (déjà que les poignées de la poussette sont basses, je ne vais pas aggraver la chose…), donc même quand je sors le soir je n’en mets plus. Je ne mets pas de vernis parce que j’ai les mains dans l’eau toute la journée (ça devient moins vrai au fur et à mesure que les enfants grandissent). Elles sont rêches et rouges. Je me maquille à peine. Je finis par ressembler à un sac et je bave de jalousie devant les femmes d’affaires que je croise par hasard de temps en temps. Elles ont l’air tellement fortes, tellement sexy en tailleur avec leurs escarpins. Les miens moisissent dans mon armoire. Moi je suis transparente. De toutes façons je ne peux pas aller chez le coiffeur ou faire du shopping tranquillement. J’achète dans les commerces de proximité. J’emmène les enfants partout. Une visite de routine chez le gynécologue devient épique avec 2 petits curieux qui touchent à tout et posent des tas de questions. Je n’ai pas essayé le coiffeur ou l’esthéticienne. Bien sûr, il reste le samedi. Mais avouez que c’est dommage. Les courses sont aussi toute une aventure. Quand il s’agit de petites courses, pas de problème. La poussette contient plus que mes bras et l’aîné se cramponne à la poussette. Aucune chance de la perdre. Mais j’ai parfois du mal à tourner dans les rayons exigus…J’ai un empattement assez large. A gauche le panier rouge accroché en biais à la poignée de la poussette, au milieu la poussette et à droite l’autre enfant qui tient. Un vrai attelage ! Pour le gros plein, c’est plus compliqué. Aucune configuration n’est vraiment satisfaisante. Le bébé de 8 kilos dans le porte bébé ventral, et l’autre dans le caddie en train de sucer l’immonde machin rouge qui sert à rattacher le caddie sus-nommé, ou, un peu plus tard, le plus petit dans le caddie suçant le toujours immonde machin rouge et le plus grand courant dans les rayons de l’hyper à la poursuite du géant vert, très peu pour moi. Le plus petit dans le maxi cosy en équilibre au bout du chariot et l’autre dans le siège du chariot, ce n’est pas mieux. Mon caddie pèse déjà 25 kilos de plus qu’un vide, et il n’y a malheureusement plus beaucoup de place pour le remplir. De toutes façons, les enfants aiment bien faire les courses pendant le premier quart d’heure. Après ils trouvent des trucs pour nous embêter (je veux plus marcher, je suis fatigué, je veux ça, je veux faire pipi) et ça devient l’enfer pour tout le monde. J’ai donné, et j’ai fini par aller faire mes courses le samedi avec les autres, celles qui travaillent ! Mes enfants ne voient que moi, je suis leur modèle. Je dois être forte et juste. Ils jouent au parc mais ne connaissent jamais bien ces enfants en cagoule et anorak qui jouent dans le sable et leur piquent leur seau la plupart du temps. Je ne sais pas ce que doit savoir faire ou ne pas faire un enfant de cet âge. Pour moi il est normal que le mien ne sache pas encore s’habiller, mais j’aurai du déjà lui apprendre. Les autres savent. Zut. Avec deux enfants (18 mois et 4 ans) et un mari, au cours d’une semaine, je prépare et gère 86 repas, même si c’est simple, les ingrédients n’arrivent pas tout seuls dans le frigo ou sur la table. Les plats et les biberons ne passent pas au lave vaisselle. Quand le bébé a juste quelques mois, on passe à 56 biberons par semaine rien que pour lui. Je prends 7 douches et je donne 14 bains. Je fais au moins 4 lessives. Je change au moins 35 couches. Je fais 2 ou 3 fois les courses. J’habille 14 fois, je déshabille autant. Et le reste du temps je fais la police…je surveille. J’écoute. Un couinement ? Qui se réveille déjà ? Un pleur ? Est-ce grave ou pas ? Est ce que ça vaut la peine de se déplacer. Je me déplace quand même au cas où. Plus un bruit pendant 1 minute ? Pas normal, je vais voir. La plupart du temps mes inquiétudes étaient fondées. Une bêtise était en train de prendre forme. Je répare la bêtise. Je donne tout à mes enfants, et deviens par voie de conséquence exigeante avec eux. Je ne supporte pas quand mes filles sont désagréables avec moi et se jettent dans les bras du chevalier blanc, le sauveur, le père, qui rentre du travail. Je leur demande autant que je leur donne. Je ne leur permets pas de me refuser un baiser ou un câlin. Œdipe ou pas Œdipe. Je réalise avec horreur que je ne prends même plus le temps de jouer vraiment, longtemps. Je joue par bribes de 10 minutes. Comme je ne culpabilise pas puisque je suis là, je remets le jeu à plus tard parce que j’ai toujours autre chose de commencé quelque part. En société, on me demande ce que je fais. Je dévoile mon congé parental. Oui mais avant, vous faisiez quoi ? Voilà, je n’existe pas vraiment, je ne suis rien. Je suis en stand by, portée par mon passé et un avenir encore loin, incertain. Même moi, qui pourtant suis une femme, je me souviens avoir pensé ça de femmes au foyer. C’était des feignantes, des incapables. Et maintenant elles voulaient travailler ? Et bien il fallait y penser avant. Maintenant elles étaient dépassées. Voilà, c’est ça, je suis à mon tour dépassée, déconnectée. Les semaines passent et se ressemblent. Seul le week-end vient rythmer mon exil, puisque j’ai une bouche de plus à nourrir et les enfants me lâchent un peu. La vie entière du foyer tient au salaire de mon mari. Pas de sécurité, et, par les temps qui courent, de la haute voltige sans filet. J’entends des choses innommables « tu n’as pas fait ça ? mais pourtant tu as le temps, tu exagères vraiment. Tu fous rien de la journée et t’as pas pu faire ça. Franchement… ». Tout le monde (ceux qui n’ont jamais vécu ça) croit que je suis oisive et passive. Il est de bon ton de dire en public que c’est super, courageux et fatigant, mais au fond d’eux (sauf ceux qui l’ont déjà vécu) ils pensent que non…et que j’ai bien de la chance d’avoir du temps à moi. J’hésite, j’hésite… La solution est peut-être le travail à mi-temps. Quand on donnera des vrais postes intéressants aux femmes à mi-temps ! Je dirai néanmoins que pour les enfants, les papas, les grands-mères, une maman qui ne travaille pas est mieux. Et pour la maman, ça va si ce n’est pas trop long. Un congé parental de 3 ans, ça va. L’épanouissement ne passe pas forcément que par les enfants. Et si une maman épanouie en valait deux ?
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Pour ou contre INTERNET Bien sûr je suis pour. J’adore. C’est riche, infini, terrifiant parce que l’on pourrait y passer sa vie sans jamais repasser pas les mêmes endroits. Instructif, drôle, communicatif, imaginatif, pratique… Les adjectifs ne manquent pas. Mais avec Internet, il y a aussi la messagerie. Ça aussi j’adore. Et je ne suis visiblement pas la seule. Et hop, 143 cartes de vœux d’un clic…Des messages à toute heure sans peur de déranger. Des relations renouées avec d’anciens amis lointains… Mais je voudrais y ajouter un gros bémol. Il y a quelques années, au début de tout ça, on a dit « Internet, une chance pour l’écrit ». Alors là je dis non, non et non. Sur Internet, et plus précisément au travers des messageries, on n’est pas poli. Pas de bonjour, d’au revoir, de s’il vous plaît et parfois à peine merci. On rentre directement dans le vif du sujet. Cordialement est ce qui se fait de mieux dans le rayon des politesses. On se tutoie souvent directement. Surtout si on ne se connaît pas. Le fait de fréquenter le même site est un signe de reconnaissance absolu. Dans les forums de discussion, on s’insulte sans vergogne, sans peur de représailles, de pneus crevés et de poing dans la figure. On se donne des surnoms débiles parce que de toutes façons personne ne sait qui on est réellement. Et tous les noms normaux sont déjà pris. Comment cela finira t-il ? Qui choisira dans quelques années de s’appeler « tendre-papillon-rose-des-sables-warrior-4859621782 » ? On ne sait pas si nos correspondants ont reçu nos envois. S’ils les ont aimés. Ce qu’ils en ont pensé. Alors on relance et on passe pour un emmerdeur. Les chefs d’entreprise, autodidactes, grandes écoles, ouvriers, étudiants écrivent tous n’importe comment, avec une orthographe frisant le cours préparatoire. Les abréviations foisonnent. C Kome ça kon écris sur la toile, fo pas cherché. Bien sûr c’est parfois pratique et plus rapide, mais si je l’accepte entièrement au travers des SMS, texto ou mini messages téléphoniques, très limités en taille et fastidieux à écrire, je m’insurge contre cette facilité sur un clavier. (et c’est peut-être plus facile à écrire mais à lire il faut s’accrocher…) Il n’est pas plus long de mettre un T qu’un S, et à force de lire n’importe quoi, on finit par faire pareil. Même moi, je ne soigne plus mes mails à certains correspondants peu soigneux. A force, on ne sait plus le faire. Entre amis il n’y a aucun problème, mais avec vos clients et relations professionnelles, ça peut être plus ennuyeux. Je vous vois venir… « mé bien sur ke je me reli kan jécri o client !!!! » Non, vous ne savez plus écrire et vous ne le savez même pas. J’ai reçu il y a peu dans ma boite aux lettres un prospectus à large diffusion d’une très grande entreprise française. Une demi page et 1 énorme faute. Du genre « VENER nous voir ». En énorme et en rouge !!!! Personne ne l’a vue avant le tirage final ? Une honte ! Et combien ont remarqué la faute ? Même pas tant que ça… Oui je sais je fais ma rabat joie, mais franchement, à ce moment là, pourquoi embêter nos enfants pendant 10 ans de leur vie avec des dictées ? Pourquoi étudier la littérature ? Pourquoi ne pas adopter l’écriture phonétique pour tous ? Même là il y aura des petits malins qui ne feront pas comme tout le monde et compliqueront exprès ce que l’on a simplifié. Heureusement, il y a des nuances dans ce que je viens d’écrire.. Entre Mr Parfait qui laisse échapper une faute de temps en temps, ou une abréviation et celui qui écrit comme un cochon et ne se relit jamais (fautes, abréviations, lettres inversées, fautes de frappe…) et qu’il m’est toujours douloureux de lire, il y a un précipice. Il y a le pardonnable et le ridicule, qui, on l’a démontré, ne tue pas puisqu’ils recommencent ! Et puis il y a les petits nouveaux, ceux et celles qui découvrent Internet. Ceux là sont bien élevés, polis, ils répondent, acquiescent, remercient, soignent, signent. Et certains continuent sur cette lancée, ne se laissent pas envahir par le laisser aller ambiant. Ils restent intacts très longtemps. Je leur rends hommage et les remercie. Alors, Intairnnaite, hunne shensse pour lékry ? ou une chance pour l’écrit ? Ça peut encore le devenir si tout le monde fait un effort…
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