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En 2 mois, j’ai eu en tout 18 entretiens. J’ai eu 25% de retour à mes réponses, ce qui est très honorable. Mais il a fallu faire le tri…
Et à chaque fois cette même impression. Avant l’entretien, je ne pensais plus qu’à ça, je me sentais faite pour ce poste, pleine d’espoir. Et le lendemain il fallait se mettre dans une autre peau, aller à un autre entretien, y croire tout autant, et repartir déçue, parce que je n’avais pas aimé le poste ou la société, ou que j’avais bien senti que eux ne m’avaient pas sélectionnée.
Je suis de nature impatiente, alors les rendez vous pris pour le lendemain ou surlendemain m’allaient très bien. En revanche, quand il s’agissait d’attendre 15 jours, j’avais le temps de mariner, de réfléchir, de m’angoisser, de me faire plein d’idées, et c’était très désagréable.

Certains entretiens ont été classiques, intéressants, mais certains sortaient du lot.
Un des premiers de cette série à été pour une agence de pub, mon rêve. De plus elle était à 2 kilomètres de chez moi, le jeune homme qui m’avait appelée pour le rendez-vous était on ne peut plus agréable et je m’imaginais déjà tous les matins, vers 10h (c’est les horaires de la pub…), aller au bureau en vélo, dans cette super agence hyper cool et sympa.
Le rendez-vous était à 11h40, cela aurait du me mettre la puce à l’oreille. C’était inhabituel mais pourquoi pas après tout…
J’arrive, à l’heure. Les locaux n’étaient pas ceux que j’avais imaginés. Mais ne nous arrêtons pas à la vitrine, ni à la vétusté de l’immeuble. Je rentre, curieusement, je me retrouve dans un long couloir bordé de portes fermées. Il y avait un autocollant jauni au dessus de la sonnette, signe que j’étais bien là où je devais être. Je longe ce couloir. Enfin, au bout, dans un petit coin, une charmante hôtesse devant son ordinateur. Elle lève la tête et me regarde gentiment.
« Bonjour, j’ai rendez-vous avec Mr Trucmuche », avec une voix posée, sérieuse, aimable, parfaite. Son sourire s’agrandit. « Moi aussi. Mais asseyez vous je vous en prie. Il nous reçoit à la chaîne. Regardez il est là. Normalement il les garde 20 minutes, celui là est là depuis 30 minutes, c’est mauvais signe pour nous ».
C’est curieux comme une simple phrase peut changer immédiatement l’humeur et l’opinion que l’on se faisait d’une situation.
Voilà, je suis assise à côté de Mademoiselle Z, on papote. En face de nous, dans un bureau vitré, le gérant de l’agence, entouré d’un nuage de fumée de cigarette, est en train de cuisiner un candidat. Nous guettons la fin. Nous parlons salaire, et je m’aperçois qu’il n’était pas du tout au niveau de mes prétentions, mais je reste quand même, pour voir. Maintenant que je suis là…
Miss Z passe à son tour. 15 minutes. Puis c’est moi, il est 13h. Mon ventre gargouille un peu. Cet homme est froid, prétentieux. Il est tout ce que je déteste. Il me pose des questions machinalement. « Parlez moi de vous », « avez vous la culture médias ? »… et je m’empêtre dans mes mots, je dis des inepties, semble-t-il. Non je n’ai pas la culture médias, j’aime la pub mais je ne sais pas, je n’ai pas les mots qu’il faut. Je parle du peuple en pensant population, et lui entend plèbe, populace. Nous ne sommes vraiment pas faits pour nous entendre tous les deux. A la fin de l’entretien, c’est à dire pas longtemps après le début, je lui demande pourquoi il m’a reçue, moi, qui ne suis visiblement pas dans le profil. Il me répond qu’il reçoit tout le monde car un jour il a reçu par recommandation un garçon avec un CV nul, qui ne ressemblait à rien, et qui était un génie. Alors il ne veut pas rater la perle rare. Comme il a passé son annonce partout, je lui souhaite bien du plaisir. Tout ça pour un SMIC amélioré.
La fin classique. Merci on vous écrira. J’attends toujours. J’espère qu’il s’est planté.

Un jour j’ai reçu un coup de téléphone qui m’a prise par surprise. Je n’avais répondu à aucune annonce mais « ils » m’avaient trouvée sur un site.
D’un seul coup, la télé prospectrice m’a déballé son texte. « Bonjour, vous êtes mademoiselle, madame Flaix ? Parfait. La société XX-Patrimoine qui fait de la vente de produit blablabla assurances blablabla souhaite vous rencontrer. Je vous propose le 25 janvier ou le 27 à 15h quel jour êtes vous disponible ? Vous prendrez votre CV et voici l’adresse vous avez de quoi noter ? Vous verrez Madame Machinchose. Je vous remercie. Aurevoir. » Tuuut Tuut Tuuut.
Je ne sais quel sentiment m’habitait exactement. Fierté d’avoir été choisie comme ça ? Crainte, incrédulité…
Je décidais d’enquêter sur cette société.
Sur le site Internet, pas mal d’informations, mais visiblement, une méthode de recrutement en masse, à la chaîne, avec un calendrier interactif pour prendre soi même son rendez vous avec un recruteur. Ils prenaient tous les profils. Autodidactes, sans expérience, rémunération motivante, statut bizarre.
Bref, je n’étais ni autodidacte, ni inexpérimentée, je décidais donc de les appeler pour annuler ce rdv. Je préparais mon argumentaire, pensant qu’ils allaient me demander une justification.
Le matin, j’appelle. « Bonjour je suis madame Flaix j’appelle pour annuler un rdv avec Mme Trucmuche le 27 à 15h ».
Voilà je l’avais dit.
De l’autre côté, un blanc (elle notait), puis « c’est noté. Merci. Au revoir » et elle raccrochait, pressée de passer la deuxième couche de vernis sur la main droite.
C’est tout ? Moi qui m’en était fait tout une histoire. Ça devait visiblement leur arriver très très souvent, et la plupart du temps les gens ne devaient même pas prévenir.
Par la suite, cette société mangeuse de commerciaux m’a rappelée, 3 fois, même discours, même texte au bout du fil avec voix différente. Je n’ai pas hésité à leur couper la parole avant même la fin de la tirade ! N’importe quoi…

Un autre jour, j’avais un entretien dans un cabinet de recrutement d’un quartier agréable, pratique pour moi, et la directrice m’avait trouvée elle même sur un site, encore. Je me sentais donc en position de force, je n’étais pas la demandeuse…
Entretien pas désagréable, femme charmante bien qu’ayant tendance à ne pas écouter et à couper la parole. Le poste requiert une totale autonomie, il faut chasser le client, décrocher une commande et la servir soi même, la société est composée de 2 personnes, n’a aucune notoriété particulière, et le salaire de base est minable. La directrice prendrait 93% de mon chiffre d’affaires et me laisserait gracieusement les 7% restants. Je lui ai répondu le lendemain par mail qu’à ce prix là et sans aucun support logistique ou humain, je préférais me mettre à mon compte chez moi. Pour 93% de plus…
Curieusement, je n’ai plus eu de nouvelles…
Elle recrutera un des jeunes loups du salon des commerciaux… qui partira au bout de 2 ans chez un de ses clients, lassé d’être pris pour la poule aux œufs d’or, une vache à lait et surtout pour un âne...

Les autres entretiens ne méritent pas que je me moque. Ils étaient plutôt formateurs et cordiaux.
Parmi les questions revenant souvent, ou plus originales, on pouvait trouver (ce ne sont pas mes réponses mais ce que j’aurai aimé répondre…) :
- Que vous voyez vous faire dans 5 ans ? (franchement je n’en ai aucune idée. J’espère simplement que j’aurai trouvé du travail !)
- Avez vous des animaux ? (oui mais je ne vois pas ce que ça apporte au débat)
- Quel est votre pire souvenir ? (vous…)
- Lequel de vos défaut vous plaît et quelle qualité vous énerve ? (Heu….)
- Qu’est ce que je pense de vous ? (Ben, vous me trouvez géniale, non ?)
- Vos enfants sont-ils votre priorité dans la vie ? (ça c’est une question d’un homme qui n’en a pas. Sans commentaire)
- Avez vous la culture média ? (Ben oui j’ai regardé Culture Pub toute mon adolescence… OK on ne va pas revenir sur ce douloureux entretien…)
- Parlez moi de vous. (vaste programme, si tu me lances on est encore là demain mon coco)
- Dans combien de temps pensez vous conclure votre première affaire ? (Tu veux que je te réponde quoi, demain ? Dans la série questions inutiles…)

J’ai aussi changé d’avis. Oui ça arrive même aux semi bretonnes. Pendant des années j’ai maudit ces intérimaires qui refusaient des postes intéressants sous prétexte qu’ils étaient moins bien payés que les allocations chômage. Je leur expliquais la vision à long terme, la superbe opportunité que je leur présentais. Mais j’ai fait pareil… Exactement pareil. J’en conclus que c’est profondément humain. Je ferai dorénavant preuve de plus d’empathie si le cas se présente.
J’avais l’immense chance par rapport à la plupart de mes congénères de n’avoir pas besoin, mais plutôt envie de travailler, ce qui permet de prendre plus de distance, de réfléchir à ce que l’on veut vraiment, et d’être cool. D’ailleurs, un DRH me l’a dit. Je respirais le bien-être, la maturité (eh ho ! Pas trop quand même…) et la sérénité. Une vraie publicité vivante pour le Prozac.

SUITE...

Voilà. Après ces quelques semaines d’intense activité sur Internet et de courses d’entretiens en entretiens, après des nuits de doute, de remise en question, à guetter mon téléphone, chérir mon répondeur et ma messagerie, et une période exaltante où 6 entreprises m’avaient reçue, à qui j’avais plu et dont j’attendais la réponse, j’ai dit oui à l’une d’elles.
Le meilleur moment qui a clôturé cette période ? Quand j’ai rappelé les 5 autres pour leur dire que j’avais trouvé ailleurs !
Peut-être qu’ils ne m’auraient pas choisie en définitive, mais dans ma tête, c’est moi qui avait eu le dernier mot, et je garde l’illusion que ça aurait pu marcher aussi. Je ne suis donc pas une victime, mais j’ai choisi. C’est très agréable.

En réalité, je ne suis pas du tout aigrie ou marquée par cette recherche, elle m'a beaucoup appris, elle n'a pas été trop longue, et ayant été recruteur moi même, je comprenais tous ces gens, qui devaient déceler le vrai du faux, choisir le mieux pour leur entreprise. Je les remercie même de ne pas m'avoir engagée, ce qui m'a laissé le temps de trouver mieux, ailleurs.
Des méchants, des mal élevés, il y en a partout, et le pouvoir n’atténue rien, au contraire. Heureusement que ça n'a pas trop duré, mais j'ai plutôt des bons souvenirs.


La seule véritable conclusion universelle ? La recherche d’emploi, la vraie, c’est un job à plein temps !

jhesite
22 septembre 2005