CHIEN ou CHAT
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CHIEN ou CHAT
 
 CHIEN OU CHAT ?

Ça c’est une question de première importance n’est ce pas ?
Tout d’abord, je tiens à féliciter les rares humains à ne pas dire « je n’aime que les chiens » ou « je n’aime que les chats », car oui, en effet, le monde est divisé en 4 : les « chien », les « chat », les «les 2 » et les « rien du tout ». Mais l’immense majorité fait partie des 2 premières catégories. Je ne sais pas quand se fait le choix, la scission, mais il semble que très jeune déjà, on choisisse son camp. Ça dépend du lait qu’on nous donne au berceau ou quoi ? Pour ma part, j’ai toujours préféré les chats.
Les chiens aussi, c’est épatant, mais ça sent mauvais, ça fait du bruit et ça doit sortir faire son pipi. Vous vous promenez, très digne, avec au bout de la laisse une boule de poils qui transforme les trottoirs en porcherie (pas tous, et là encore, bravo à ceux qui éduquent bien leurs animaux, je ne suis pas là non plus pour me faire des ennemis…), renifle le pipi des autres et vient ensuite vont faire des bisous…. C’est un détail.
D’un autre côté, un chien est fidèle, obéissant, ravi de vous faire plaisir et comprend des tas de choses. Il est content quand vous rentrez, et pas seulement parce que c’est l’heure de la soupe. Sa queue en frétille tellement qu’il en casse un vase. En plus, il est prêt à vous défendre, à vous suivre partout, il vous regarde les yeux plein d’amour, et soudain penche la tête sur le côté, l’air de dire « dis, tu m’en donnes un bout de ta côte de bœuf ? »
Selon le degré d’intimité qu’on aura avec lui, il aura droit à une petite assiette et un tabouret à côté de nous, ou bien un coup de coude signifiant « dégage, va manger des croquettes dans ta gamelle au fond du jardin ». Mais c’est un vrai copain, parcequ’il ne vous en veut même pas !

Le chat, lui, plus indépendant, plus sournois, attendra plutôt que vous tourniez le dos pour répondre au téléphone pour vous piquer votre côte de bœuf. Seule parade, qu’elle soit plus lourde que lui et vous aurez le temps de le rattraper avant qu’il ne s’enfuie avec. Je me souviendrais toujours d’un chat très mignon et très malin qui avait volé l’une après l’autre toutes les tranches de rosbif que mon voisin avait mis sur le rebord de sa fenêtre. Cinq en tout. Et je n’avais rien dit. Parce que j’aime les chats et que ce voisin était très con…
Le chat, donc, a des défauts. Il est intéressé. Il ne vous obéit pas. Il a même tendance à aimer vous désobéir. Et dans tous les cas, il garde cet air fier et arrogant très très agaçant. Jamais profil bas, un chat. Ou alors quand il s’appelle le chat Potté, joue dans Shrek, porte des bottes, et regarde le monde entier avec ses yeux grands comme des soucoupes. Mais ce n’était encore qu’une manipulation…
Malgré tout, le chat est bourré de qualités. La principale est que c’est un doudou vivant autochauffant ! S’il l’a décidé, il viendra dormir avec vous. Ou, comme faisait un des miens, se cachera sous le lit et attendra d’avoir décidé lui-même le moment où il viendrait faire son câlin. Là, c’est du pur bonheur. Evidemment, il faut aimer les poils, parcequ’on en bouffe ! D’abord il saute sur le lit. Schpoumm. C’est assez délicat quand même. Puis il s’approche, cherche son endroit, vous chatouille avec ses moustaches, trouve l’entrée de la couette et se faufile d’un coup. Il s’allonge de tout son long contre vous, en chien de fusil (tiens le revoilà lui…), la tête dans votre cou. Parfois ça tombe bien moins, la tête est vers le fond du lit et sa queue vous chatouille le nez. Mais il faut oser, il faut le retourner, c’est mieux pour tout le monde !!! (ce conseil est à appliquer absolument s’il a des problèmes intestinaux ou a mangé du cassoulet la veille). Ensuite commence le doux ronronnement, et les caresses, les bisous, le nez enfoui dans sa fourrure. Ça sent bon un chat. Ça sent la fourrure chaude. Ceux qui détestent vont dire « quelle horreur », oui, mais quand même, avouez, mauvaise foi et compagnie, ça sent tout de même meilleur qu’un chien et son haleine baveuse !!
Tout a été écrit sur le chat… Mais pas forcément sa fin. En effet, il faut y être préparé, il y a de grandes chances que notre animal à poils meure avant nous. Ça marche aussi pour les chiens. C’est ce qui fait opter certains pour « rien du tout », la peur de perdre ce qu’ils ont aimé.
J’ai pour ma part vécu 2 morts de chat, que voici.
Le premier, FOSTER, a été élevé comme mon bébé. Depuis 18 ans je voulais un chat. Celui là a été choyé, gâté, protégé. Les gens me regardaient comme une extra terrestre déclamer sur mon chat. Bref… Au bout de 13ans de bons et loyaux services, il a commencé à devenir vieux chat. Ou plutôt, vieux chat malade. Je vous passe les détails mais disons qu’il se laissait aller un peu partout et surtout, tous les jours. Il maigrissait à vue d’œil. Ne devait manger que des croquettes de régime, inodores et sûrement sans saveur, et miaulait de désespoir en voyant la gamelle remplie d’Ulysse, jeune chat recueilli depuis peu, et en pleine forme. Un jour, en nettoyant son énième/vomi/pipi/caca dans la maison, j’ai pris la décision ferme et non révocable de le faire piquer. Il souffrait beaucoup trop et nous avions déjà tout fait pour essayer de le soigner, sans succès. Voilà. C’était décidé. Au fur et à mesure que la date du rendez-vous approchait, je me sentais moins fière… La dernière soirée, je lui ai donné une super gamelle remplie de bonnes choses. Il s’est jeté dessus, sans se poser de questions, évidemment. Le matin, pareil. Dernier repas du condamné. C’est là que j’ai senti la grosse boule dans ma gorge et le nœud dans mon ventre. Oui, c’est animal que j’avais tant aimé, je décidais qu’il devait mourir, aujourd’hui. Et je l’emmenais moi-même à l’abattoir. Les filles lui ont dit « au revoir », lui ont fait un ultime câlin, on a même pris des photos. Il avait un air vraiment pitoyable dessus, si maigre. Une voisine qui avait fait la même chose quelques temps auparavant m’avait raconté qu’elle ne pouvait même pas faire son code de carte bleue, tellement elle pleurait. Quand même, il y a des gens qui exagèrent, s’attachent trop.
Alice ne marchait pas encore. Je l’ai donc mise dans sa poussette, j’ai enfourné FOSTER dans son sac de « voyage », j’ai accroché le sac à la poignée et nous voilà partis.
En chemin, j’ai rencontré une autre voisine. « tiens bonjour, ça va ? », et la réponse, à partir de laquelle les larmes n’ont plus quitté mes yeux. « bof, pas terrible, je vais faire piquer mon chat ». Ma voix a dérapé sur la fin de la phrase. Piquer mon chat, quelle horreur ! Bien sûr qu’il le fallait, il était terriblement mal en point, mais je me suis sentie monstrueuse. J’allais tuer cet animal parcequ’il m’obligeait à nettoyer ce qu’il n’avait pas pu éviter. Depuis 13 ans, il dormait avec moi, partageait ma vie, et voilà tout ce que j’étais capable de faire pour le remercier.
J’ai réussi à me raisonner.
L’arrivée chez le vétérinaire a ouvert les vannes. J’ai à peine pu dire bonjour, la voix chevrotante. Heureusement, ils doivent avoir l’habitude, et m’ont prise en charge de suite, sans nous faire attendre. Cette petite chose maigre et grise, posée sur la table, me paraissait si fragile. Il me regardait fixement, avait peur. Ça lui rappelait ses derniers vaccins. Le vétérinaire et son assistante m’ont effectivement dit que je faisais bien, qu’il ne fallait pas hésiter, qu’il souffrait beaucoup et qu’il fallait stopper ça. Mais je ne pouvais pas m’arrêter, je pleurais des litres, je le serrais dans mes bras, lui demandais pardon, lui disais « je t’aime ». On m’a proposé de sortir mais je voulais l’accompagner jusqu’au bout. Une première piqûre qui endort. Tout en me fixant dans les yeux, il s’est endormi tout doucement, ses pupilles sont devenues très larges. Je continuais à pleurer, tout en lui parlant, agenouillée devant lui. Alice, dans sa poussette, ne me voyait même pas, elle était occupée avec ses lacets de chaussures…
La deuxième piqûre, fatale, celle qui fait cesser le cœur de battre. De suite, ses muscles se sont détendus, sa petite langue rose est sortie de sa bouche. Voilà. C’était fini. Je me mouchais sans discrétion, les yeux inondés, et là, impossible de faire mon code de carte bleue…
Ouf…
Voilà, impossible de revenir en arrière. Mais je n’imaginais pas un tel effet.
Quelques temps après, je ne regrette pas ce geste. Mais c’est vraiment très très dur, on n’imagine pas.



Ulysse, le deuxième, a eu une fin plus noble, mais plus tragique.
Il a disparu un lundi soir.
Je l'ai appelé. J'ai fait une rapide enquête de voisinage, chez le vétérinaire proche, rien. En effet, personne ne l'avait vu ces derniers jours.
Écrasé ? J'ai fait le tour des rues proches, rien.
Perdu ? pas son genre, il connaît le quartier comme sa poche.
Kidnappé ? Un chat de gouttière, il y en a plein.
Monté dans une voiture ? Oui, il le faisait souvent. C'était une possibilité. Je l'imaginais donc, à quelques kilomètres d'ici, en train de nous chercher. Il allait bien finir par trouver une bonne maison qui lirait mon numéro de téléphone sur son collier et me préviendrait... J’ai même cherché sur Internet des histoires de chats qui avaient retrouvé leur chemin à des kilomètres de chez eux.
Fugue ? Non non, pourquoi donc. Aucune raison. Il était bien chez nous et n’avait pas de problèmes avec les filles. Il ne se droguait pas non plus.

La maison proche de la nôtre appartient à un couple qui fait beaucoup de travaux, en général le week end et parfois en soirée. J'ai donc imaginé qu'il s'était peut-être laissé enfermé dans la maison. ça faisait bien 3 jours que je disais à mon mari d'aller voir, de l'appeler à travers la porte, au cas où. Le couple n'était pas venu de la semaine.
Ce soir là, enfin, nous y sommes allés. Ce n'était pas une mince affaire, il a fallu escalader un mur, faire passer un escabeau de l'autre côté, sans se faire trop remarquer par les passants. Ils avaient retourné tout le jardin, il venait de pleuvoir toute la journée et nous pataugions donc dans la boue. Une fois dans le jardin, j'ai appelé. Rien.
Nous avons fait le tour par derrière. La nuit commençait à tomber tout doucement.
De l'autre côté, j'ai appelé, appelé... puis j'ai remarqué une sorte d'immense poubelle ronde, remplie d'eau à ras bord. Il avait beaucoup plu aujourd'hui et elle recueillait l'eau de la gouttière.
J'ai distingué une forme familière qui flottait. Sûrement une branche d'arbre. Mais non... Je me suis approchée.
C'était bien un chat. Tout noir. Très gros. Raide. Et un oiseau, assez gros aussi. Quand j’ai réalisé que c’était un chat, j’ai tout de suite dit, dans un sanglot « pauvre petit bonhomme », puis j’ai ravalé ma larme.
Lui ? Pas lui ? Pas lui, bien sûr, il était tigré mon Ulysse. Et là on ne voyait rien. Que du noir. Avec une branche, je l’ai retourné, pour savoir. C’est cette image qui me reste et qui m’a hantée pendant quelques nuits. Cette tête de mauvais film d’horreur, les yeux blancs exorbités, la mâchoire ouverte, les dents saillantes, méconnaissable, terrifiante.
Manuel a tâté le cou avec son couteau, il n'y avait pas de collier et il était bien plus gros que notre petit chat.
A moitié persuadée quand même, je suis allée, le coeur battant trop fort, chercher ma lampe de poche. Escalade de mur. Me revoilà. Un chat noir. Passée sous une échelle plusieurs fois de suite. M'en fous j'y crois pas.

Au retour, Manuel n'avait pas la même expression. Je l’ai questionné. Il avait entendu comme un bruit de clochette en le faisant bouger encore...
Et voilà, la lumière crue a fini de confirmer ce que nous ne voulions pas nous avouer. C'était lui. Bien sûr. Tellement gonflé par l'eau que le collier était presque totalement dissimulé. Et sa couleur, ses tigrures apparaissaient dans le faisceau de la lampe. C'était bien lui, noyé dans ce réservoir, ses petites papattes, ses oreilles d’amour, mon petit chat adoré qui dormait dans mes bras presque toutes les nuits...
Au moins, je sais, nous savons. C'est plus désagréable que l'espoir, mais petit à petit, l'espoir aurait laissé sa place au doute. Maintenant, plus de doute.
Manuel l'a sorti de l'eau avec une pelle, l’a mis dans un grand sac poubelle, et posé sur un tas de feuilles dans notre jardin, en attendant le ramassage collectif. Impossible de l’enterrer dans le jardin, c’est sanitairement très mauvais. Je le sais, j’avais voulu le faire pour Foster et le vétérinaire avait refusé. Bien sûr, je l’ai touché au travers du sac. Bien sûr, j’ai eu un haut le cœur, une immense tristesse.

Après quelques larmes discrètes, les larmes bruyantes d'Alice et de Cécilia, pas de larmes mais l'air triste de Manuel, j'arrive à reconstituer l'histoire.
Lundi, il a voulu attraper un oiseau. Il l'a eu mais a glissé du toit ou de l'arbre et est tombé dans ce réservoir, dont le couvercle était tombé par terre peu avant. Il y avait de l'eau, sinon nous l'aurions entendu miauler, mais pas jusqu'en haut, sinon il aurait pu s'agripper sur le bord et sortir. L'oiseau qu'il avait attrapé avait une aile cassée, et n'a pas pu sortir non plus. Ils se sont noyés tous les deux, assez vite. La pluie qui est tombé l’a fait remonter au niveau du bord. Sinon, nous ne l’aurions probablement pas vu.
Il avait 3 ans. Il était vraiment mignon. Il sentait bon. Il était doux. A la maison, j’ai retrouvé sa gamelle, sa litière, ses jouets (il avait un doudou préféré lui aussi…), ses coins favoris. Le bruit de sa clochette me manque. Ce n’était qu’un chat, mais c’est fou comme on s’attache, ils font vite partie de notre vie, ils ont cette particularité de s’approprier notre amour.
Comme m’ont dit plusieurs amis, il est mort comme un chat chasseur, ou il a rejoint sa Pénélope au paradis des chats. C’est joli.

Du coup, Felix, le chat roux, que nous avions adopté aussi depuis peu mais qui ne rentre pas dans la maison parcequ’il est trop sale, a droit à plein de câlins de toute la famille. Son truc à lui, c’est les voitures. Il fait ses griffes sur les pneus et se frotte le dos sur les carters et les pots d’échappement. Il finira écrasé… dans très très longtemps.

Mon choix est toujours le même, chat. Même si c’est triste, parfois.


jhesite
22 septembre 2005